Le 20 Mai 2020, Femmes solidaires de Seine-Saint-Denis a envoyé un courrier à tous les parlementaires (sénateurs-trices, député-e-s) du département pour les alerter sur les graves difficultés économiques que le confinement a pu avoir sur les femmes. Vous trouverez ci-dessous le contenu de cette lettre.

Mesdames, Messieurs les parlementaires de Seine-Saint-Denis,

Distribution d'aide alimentaire à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) le 22 avril 2020 AFP - Ludovic MARIN
Distribution d'aide alimentaire à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) le 22 avril 2020 AFP - Ludovic MARIN

L’association Femmes Solidaires 93 souhaite vous alerter sur les conditions de vie actuelles des habitant-e-s de Seine-Saint-Denis lors de cette pandémie.

La Seine-Saint-Denis est d’abord connue pour être un département de solidarité entre citoyen-ne-s mais aussi un département où la pauvreté est très prégnante. Notre association vous avait déjà alerté-e-s sur les difficultés d’accès aux droits que génère à la population de notre département la dématérialisation de nombreux services de l’État et d’autres institutions (CAF, CNAV, …).

Aujourd’hui, après ce confinement, des femmes nous alertent de nouveau sur l’impossibilité d’obtenir et de renouveler leurs titres de séjours, d’accéder aux aides de la CAF, de Pôle emploi, etc.

A l’heure actuelle, des femmes, des hommes aussi et des enfants ne peuvent se nourrir correctement. En effet, si certain-e-s citoyen-ne-s, associations, municipalités ainsi que le Conseil départemental trouvent des solutions pour que les familles aient accès à des denrées fraîches à des prix faibles, voire gratuits, cela ne peut suffire sur le long terme.

De nouveaux publics (étudiants, jeunes ayant des « job alimentaires », …) vont vers les associations caritatives pour manger. Les coûts de certains produits de première nécessité ont augmenté, les masques étant aussi payants, des familles ne pourront pas se les procurer (ex : 15 euros le masque en tissu par personne dans certaines pharmacies). Les commerçants ont une pratique des prix très « personnelle » sur les produits les plus demandés, et bien sûr à la hausse. Tout comme les grandes surfaces qui organisent des stocks pour créer des manques (ex : farine, œufs, etc…)

L’État donne des milliards aux grandes entreprises, sans contrepartie. Cela n’empêche pas que des centaines de personnes passent d’un salaire faible au chômage technique. Mais l’État ne distribue aux familles, sous critères de ressources, qu’un chèque de 150 € plus 100 € par enfants, très tardivement et une seule fois. Les femmes, ayant souvent des emplois à temps partiel et/ ou des petits salaires, ont été et restent les premières à subir les effets de ce confinement et de ces suites. Vivant souvent seules avec des enfants, cette perte de pouvoir d’achat est catastrophique. Et elles sont les premières à se retrouver sans emploi et vont grossir les rangs du RSA.

Les citoyen-ne-s du département doivent faire face à de nouvelles dépenses et avec des recettes moindres, les dettes de loyers vont s’accumuler. Nous sommes alertées au sujet d’une reprise visible de la prostitution solution désespérée des femmes face à la pauvreté, d’autant que les places d’hébergement d’urgence commencent à se réduire.

L’État demande de plus en plus d’aide de la part des associations caritatives et autres mais avec quels moyens ? En ce qui concerne l’Éducation, des familles ne peuvent se payer des ordinateurs voire des connexions à Internet, notre département subit de fait une inégalité territoriale inadmissible.

Les violences faites aux femmes et aux enfants sont encore plus difficiles à dénoncer et à être suivies.

C’est pourquoi nous souhaitions vous alerter sur cette aggravation de toutes les inégalités, les risques accrus de la pauvreté auxquelles de nombreuses familles et parmi elles les familles monoparentales vont devoir faire face, d’autant que la réforme du recouvrement des pensions alimentaires est reportée.

Le tissu associatif n’a pas vocation à remplacer les carences de l’État.

Nous souhaitons que vous interveniez auprès du gouvernement, pour qu’enfin notre département puisse bénéficier des moyens à la hauteur de la situation afin de faire face aux conséquences de cette pandémie et d’un rattrapage du retard du département en matière de financements de l’État.

En vous remerciant de nous faire savoir vos interventions pour la gratuité des masques, l’obtention de titres de séjour, les mesures contre les licenciements, la lutte contre la précarité alimentaire, l’accès à tous les services publics, le soutien aux associations caritatives et aux collectivités qui se sont fortement investies durant ce confinement.

Veuillez recevoir, Mesdames, Messieurs les parlementaires de Seine-Saint-Denis, l’assurance de ma considération distinguée.

Josselyne DUCROCQ,

Présidente